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L'actualité du monde de l'audiologie décryptée et synthétisée 

Mercredi 10 Novembre 2021 | Par Lucile Perreau
Témoignages et itinéraires de médecins malentendants

Le « Quotidien du médecin » a rencontré et interviewé plusieurs médecins malentendants en France et de part et d’autre du monde, afin de connaitre leur parcours, leurs difficultés (notamment en période de Covid), leurs interrogations et leur inclusion dans le domaine universitaire et de la médecine.

Les premiers témoignages concernent le docteur Ryuji Imagawa, urgentiste au Japon, et la Dr Justine Durno, anatomopathologiste en Grande-Bretagne, qui exercent tous deux avec un handicap auditif, ce qui n’est pas simple, mais pas impossible non plus.

Avant 2011, Ryuji Imagawa n’aurait jamais pu devenir médecin s’il l’avait voulu. Agé d’une quarantaine d’années, il est atteint d’une surdité profonde congénitale et il a bénéficié d’implants cochléaires dans son enfance. C’est grâce à une réforme du Medical Practitioners Act en 2011 qu’il a pu intégrer une faculté de médecine et devenir le onzième médecin atteint de surdité profonde autorisé à pratiquer au Japon. Il a souhaité faire part de son quotidien en acceptant d’être filmé pour une émission de télévision en 2021, alors même que le port du masque a compliqué son exercice.

Pour le Dr Justine Durno, porte-parole des soignants britanniques malentendants, si les enfants atteints de surdité n’envisagent pas des études médicales en 2021, c’est principalement parce qu’ils ont peur des éventuels obstacles qu’ils trouveront tout au long de leur parcours. Or, ces obstacles n’existent pas ; ils sont majoritairement fantasmés par les proches qui craignent des mises en situations difficiles. Bien sûr, le port de masques, désormais obligatoire, rend la situation plus complexe, mais cette anatomo-pathologiste qui s’exprime majoritairement en signant, n’y voit qu’une contrainte supplémentaire non rédhibitoire. Par exemple, aux États-Unis, dès les années 1950, un praticien malentendant, le Dr Frank Hochman avait fait parler de lui en inventant un stéthoscope lui permettant d’entendre les bruits du cœur. Il informait tous les patients en pré-consultation de sa lecture labiale, tout en précisant qu’ils pouvaient choisir un autre praticien s’ils le souhaitaient

Du côté de l’hexagone ?

En France, aucune interdiction formelle, mais parfois – dans les années 1970-1980 - le sentiment que certaines universités ne facilitaient pas l’accès aux études. « Porteuse de prothèses externes assez volumineuses, j’ai adopté une coupe de cheveux longue avant mon entrée en médecine. Je pensais que je pourrais me fondre dans l’amphi. Mais je n’avais pas pensé que le bruit de fond des étudiants très bavards m’empêcherait de bien comprendre les cours », explique Christine, 71 ans. « J’attendais les cours ronéotypés proposés par la Corpo et j’ai évité au maximum de me rendre à la fac ». À cette époque, la plupart des soignants malentendants qui ne bénéficiaient pas d’aide spécifique des universités du fait de leur handicap, se sont orientés vers des carrières techniques en limitant les contacts avec les patients.

Autre son de cloche pour Sébastien, urgentiste de 40 ans. « Mes implants sont visibles, donc je n’ai jamais cherché à cacher ma surdité. Avec un stéthoscope adapté, des co-internes aidants et en m’appuyant sur la lecture labiale, je n’ai pas eu de difficultés particulières pendant mes études ». Souhaitant devenir pédiatre, Sébastien a été confronté à des enfants qui par leurs réflexions naïves (« je sais pourquoi tu n’entends pas bien, tu as un truc dans l’oreille ») faisaient naître le doute chez leurs parents : « puis-je laisser ce médecin qui n’entend pas bien et ne comprend pas les subtilités de parole, prendre en charge mon enfant ? » Le jeune praticien s'est adapté : « Je me suis donc orienté vers la médecine pré-hospitalière avec des gestes techniques et mes implants bien à l’abri sous un calot. Le travail en équipe m’a permis de pouvoir garder ma place en dépit du port de masque depuis 18 mois », continue Sébastien.

Dans la plupart des universités françaises, un référent « études adaptées » peut être un point d’appui essentiel. Comme l’affirme Églantine qui vient d’intégrer sa deuxième année, « j’ai énormément souffert de l’isolement lié au Covid en première année. Aujourd’hui, bien plus que dans mes années lycée, je n’ai pas de craintes à aborder d’autres étudiants et à parler rapidement de mon handicap. Je garde l’envie de devenir psychiatre, une spécialité d’échanges verbaux dans laquelle je pense trouver ma place ».

Dr Isabelle Catala

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