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L'actualité du monde de l'audiologie décryptée et synthétisée 

Mercredi 6 Mai 2020 | Par Lucile Perreau
Quelles ont été les conséquences du silence pendant le confinement sur la santé auditive ?

Dans un communiqué, l’association la JNA (Journée Nationale de l’Audition) explique en quoi le confinement a offert une pause bénéfique à nos oreilles, et indique l’importance du choix à opérer à l’avenir, afin de les maintenir en bonne santé.

 

Comme le relève l’association JNA dans son communiqué, le bruit abîme la santé de l’homme par son intensité et sa durée de présence, son omniprésence. Elle l’abîme physiquement et psychologiquement :  

 

·      Psychologiquement : Alain Corbin, dans son ouvrage Histoire du Silence, indique « La société enjoint de se plier au bruit afin d’être partie du tout plutôt que de se tenir à l’écoute de soi. Ainsi se trouve modifiée la structure même de l’individu. »

 

·      Physiquement : le bruit est douleur pour les oreilles par sa présence stridente. « Le bruit de la ville devenu autre, n’est sans doute pas plus assourdissant qu’au XIXe siècle. L’essentiel de la motivation réside en l’hypermédiatisation, en la permanente connexion, et de ce fait, en l’incessant flux de paroles qui s’impose à l’individu et qui le conduit à redouter le silence. »

 

·      Physiologiquement, l’oreille a des limites naturelles et se retrouve de plus en plus saturée. L’omniprésence de bruit produit un stress acoustique. Plus celui-ci est élevé et plus le risque d’acouphènes et de surdités est imminent. Mais bien avant, c’est le décodage de la parole qui est rendu difficile et par voie de conséquence, cette gêne s’accompagne de pertes de concentration et d’augmentation de la charge cognitive pour le traitement des informations.

 

Baisse du bruit dans les villes, levée du voile de pollution, retour d’animaux, chants des oiseaux… le confinement a apporté plusieurs bénéfices indéniables, tant pour nos oreilles que pour notre santé en général. La JNA recommande vivement de profiter pleinement de cette pause sonore collective ou, si cela n’est pas possible (à cause du télétravail par exemple) de s’offrir quelques moments de grâce dans la journée. Cette baisse de volume permet notamment de générer moins de stress acoustique sur les cellules sensorielles de l’oreille, ce qui permet au cerveau de fonctionner correctement pour assurer les fonctions clés de l’audition : alerte, communication et émotions.

 

Malheureusement, la dernière enquête réalisée en mars 2020 par Ifop pour l’association JNA, « Quel avenir pour l’oreille des Français » indiquait qu’avant le confinement, 27% des « moins de 35 ans » et surtout 34% des 15-17 ans déclaraient une écoute supérieure ou égale à 2h (vs 19% en moyenne). Il est donc fort probable que par habitude ou pour pallier à l’ennui ou à l’angoisse de l’isolement, ces durées soient supérieures pendant le confinement.

L’écoute prolongée de son à volume élevé est l’une des principales sources d’acouphènes. Avant le confinement, cette même enquête permettait d’estimer une augmentation de 31 à 37 % des personnes souffrant d’acouphènes permanents ou passagers entre 2017 et 2020. 1 jeune sur 2 âgé de 15 à 17 ans et 46% des 18-24 ans indiquaient ressentir ou avoir déjà ressenti des sifflements ou bourdonnements suite à écoute prolongée.

 

Désormais, la JNA soulève une question majeure : que fera l’être humain de cette prise de conscience ? Comment fonctionnera et quoi sera fait la société de demain ?

De nombreuses suggestions de spécialistes, de médecins et d’associations sont énoncées via le #EtAprès. L’association JNA de son côté, estime qu’il faudrait impérativement penser à limiter l’hypermédiatisation du bruit, intégrer des pauses auditives au cours de la journée, se réapproprier le silence comme période de production de la parole pensée et de temps d’émergence des émotions.

 

Lucile Perreau

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