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Vendredi 28 Janvier 2022 | Par Lucile Perreau
Deux chercheurs espèrent mettre au point un traitement pour les surdités cachées

Une étude parue dans le très sérieux magazine Nature montre que des chercheurs français sont parvenus à régénérer les synapses cochléaires, à l'origine de surdités dues à l'exposition au bruit. Il n'existe pour le moment aucun traitement pour restaurer l'audition, seuls les appareils auditifs apportent une solution.

La baisse de l’audition se produit lorsque les ondes sonores parvenant à l’oreille interne ne sont plus transmises au cerveau. Cette atteinte peut être due à la destruction des cellules ciliées de l’oreille interne, qui transforment le signal acoustique en signal électrique, ou à une atteinte des neurones, qui transfèrent ensuite ce signal électrique au cerveau via le nerf auditif. Le passage de l’information entre les cellules ciliées et les neurones se fait au travers de structures de connexion particulières, les synapses cochléaires. Récemment, il a été montré que ces synapses sont très fragiles. Leur disparition avec l’exposition chronique au bruit conduit à la déconnexion entre neurones et cellules ciliées, provoquant alors ce qu'on appelle une surdité cachée. Cette appellation provient de l'impossibilité à diagnostiquer ce type de surdité par les tests auditifs standards. 

Restaurer les synapses et l’audition

L’étude, conduite en France par deux lauréats de la Fondation pour l'audition, les docteurs Jérôme Nevoux et Mihaela Alexandru, en collaboration avec le Professeur Albert Edge au Massachusetts Eye and Ear Infirmary (faculté de médecine de Harvard) à Boston, consistent à utiliser un anticorps capable de neutraliser la protéine RGMa, présente dans l’oreille interne. « Quand la synapse est altérée, le neurone qui était connecté à la cellule ciliée se rétracte. Mais il cherche naturellement à se reconnecter. Or la protéine RGMa a pour fonction de bloquer ce processus. Cette capacité est indispensable au cours de la formation du système nerveux, mais ici, elle empêche la reconnexion qui pourrait avoir lieu », explique Jérôme Nevoux. « En 2013, l’équipe du Pr Edge avait découvert qu’il était possible de stimuler la formation de synapses entre des cellules ciliées et des neurones en culture en bloquant l’activité d’une protéine présente dans l’oreille interne, nommée RGMa (pour Repulsive Guidance Molecule type a) », explique Mihaela Alexandru.

La stratégie consiste donc à utiliser un anticorps capable de neutraliser la protéine RGMa. Son administration dans l’oreille de souris de laboratoire reproduisant la surdité cachée a conduit à la régénération des connexions entre les cellules ciliées et les neurones. « Ces résultats, observés avec un microscope très perfectionné, ont été confirmés par des tests auditifs, résume Jérôme Nevoux. Reste encore à vérifier si l’intervalle de temps long entre le début des symptômes et le traitement permet une régénération aussi efficace que celle que nous avons observée dans notre modèle expérimental. Mais je crois en l’avenir de ce type de thérapie de l’oreille interne. » A terme, les deux lauréats espèrent « enrayer l’augmentation des cas de surdités, due à une exposition croissante au bruit. Il s’agirait d’une avancée importante car il n’existe à ce jour aucun traitement curatif disponible pour ces patients, à qui on peut seulement proposer des aides auditives. »

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